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View Full Version : La vie en vers


DukeFreeman
29-02-2004, 15:37
Voila, tout comme mes posts "petite phrases" je vous propose ici une variante.
Non pas des phrases, ou des expressions, mais des poemes, connu ou non, de n'importe quel auteur, sur tout ou rien, en entier ou juste un extrait qui vous plait particulierement... ou qui ne vous plait pas :)
Par poeme je ne demande pas de vers, ni de prose, mais juste se qui peut s'apparenté a une forme de discours "poetique"... Sa n'a rien a voir avec les fleurs bleu, les zozio, et touticouanti :) Non seulement se que vous vous percevez comme un "poeme".
Paroles de chanson, forme syntaxial interressante, ou qu'importe, pour peu que vous sa vous, vous vous sentiriez de les declamers dans une situation ou vous ne souhaitez pas de dialogue mais seulement une ecoute :)
Enfin moi je dis sa... :)
Essayé de "bien presenté" ou du moins pas trop a l'arrache :p
Suivant si vous ecrivez le poeme en entier, si c'est juste un extrait, essayé de mettre le titre (si vous le connaissez) et/ou le nom de l'auteur (si vous le connaissez), si vous voulez mettre des commentaires sur les poemes que vous postez, pourquoi pas, meme si je pense qu'il serait preferable de laisser seulement le produit brut, et laissez les personnes trouvé se qui leurs conviens... mais bon c'est parfois dure de laisser un "coup de coeur" (dans le bon sens comme le mauvais) sans dire "c'est pour sa que j'aime" ou "c'est pour sa que je trouve interressant" (ou a chié :D) (P.S. Evitez aussi de mettre 10 poeme super long a la suite... 3, 4 suffise hein ;) histoire de pas les noyés)



Demain, dès l'aube...

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

(Victor Hugo)



Si...

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir;
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un seul mot;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur;
Rêver, mais sans laisser le rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent;
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils.

(Kipling)



Les passantes

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu'on aime
Pendant quelques instants secrets,
A celles qu'on connaît a peine
Qu'un destin différent entraine
Et qu'on ne retrouve jamais.

A celle qu'on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre,
Et qui, preste, s'évanouit,
Mon dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu'on en demeure épanoui

A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage,
Font paraître court le chemin;
Qu'on est seul, peut-être à comprendre,
Et qu'on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main.

A celles qui sont déjà prises,
Et qui, vivant des heures grises
Près d'un être trop différent,
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D'un avenir désesperant.

Chères images aperçues,
Espérances d'un jour déçues,
Vous serez dans l'oubli demain;
Pour peu que le bonheur survienne,
Il est rare qu'on se souvienne
Des épisodes du chemin.

Mais si l'on a manqué sa vie,
On songe avec un peu d'envie
A tous ces bonheurs entrevus,
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre,
Aux coeurs qui doivent vous attendre,
Aux yeux qu'on a jamais revus.

Alors, aux soirs de lassitude,
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir,
On pleur les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l'on n'a pas su retenir.

(Antoine Pol)

Kazar
29-02-2004, 17:15
Je connaissais pas le dernier, mais je l'aime beaucoup. :) :)


LE MORT JOYEUX, LES FLEURS DU MAL par Charles Baudelaire


Dans une terre grasse et pleine d'escargots
Je veux creuser moi-même une fosse profonde,
Où je puisse à loisir étaler mes vieux os
Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde.

Je hais les testaments et je hais les tombeaux;
Plutôt que d'implorer une larme du monde,
Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux
A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.

O vers! noirs compagnons sans oreille et sans yeux,
Voyez venir à vous un mort libre et joyeux;
Philosophes viveurs, fils de la pourriture,

A travers ma ruine allez donc sans remords,
Et dites-moi s'il est encor quelque torture
Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts?

PornCop
29-02-2004, 18:28
«Je sens voler en moi les oiseaux du génie
Mais j'ai tendu si mal mon piège qu'ils ont pris
Dans l'azur cérébral leurs vols blancs, bruns et gris,
Et que mon coeur brisé râle son agonie. »

(Nelligan)

Monwalker
01-03-2004, 02:46
(de mémoire > désolé s'il y a des erreurs)

Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber
Un air très vieux, langissant et funèbre
Qui pour moi seul a des charmes secrets

Or à chaque fois que je viens à l'entendre
De deux-cents ans mon âme rajeunit
C'est sous Louis XIII et je crois voir s'étendre
Un côteau vert que le couchant jaunit

Puis un château de briques, à coins de pierres
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs
Ceint de grands parcs avec une rivière
Baignant ses pieds, coulant entre les fleurs

Puis une dame à sa haute fenêtre
Blonde, aux yeux noirs, dans ses habits anciens
Que dans une autre existence, peut-être
J'ai déjà vue et dont je me souviens

G. de Nerval