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View Full Version : Un peu de douceur ... dans un monde de brutes


zigue
30-03-2003, 14:00
http://www.arteradio.com/

Faites plaisir à vos oreilles ... Pour la douceur, allez sur 'Arte +' et sur 'Sylvie, la voix d'Arte' ...

A l'heure où ça éructe sur pas mal d'ondes, retourner aux origines de la radio, de la voix et de la parole ... Ecouter sans être diverti ...

Moi je suis fan ... :turning:

JC
30-03-2003, 18:51
Yep, j'aime beaucoup... quelle voix :love:
Ça me fais penser à certaines emissions Nocturne, ou on écoutais sans réfléchir... comme ça, pour le plaisir.
Et ça fait un gros bien. :turning:

Monwalker
31-03-2003, 01:34
très agréable ! :)
Merci pour ce moment de douceur :)

SKEMETH
31-03-2003, 08:42
'tain!!! je trouve pas la rubrique hard rock, ni metal et pas non plus la rubrique techno-dans-la-R12-tuning, c'est quoi ce chantier?! :mad:


:D :D :D :salut2:

zigue
31-03-2003, 19:03
Au-delà de la "voix d'Arte", c'est aussi ce joli concept radiophonique en ligne que je voulais faire découvrir ...
J'aime bien la radio qui parle, presque à l'écart des auditeurs ... Cette radio intime sans être intimiste ni élitiste ...
Il y a une coloration, une "tonalité affective" manifeste (une Stimmung selon le terme de Heidegger) ...
Je me souviens à quel point écouter ces voix à la fois si lontaines et si proches était rassurant ...
La capacité de la radio, d'une certaine forme de la radio, de générer un univers, d'habiller l'espace ... Ecouter, entendre et deviner, moins voir, ne plus voir, imaginer, se laisser porter ...
Le "là" de la radio ...

Il y a un très bel entretien avec Paul Ricoeur, pour ceux que ça intéressent (que les questions sont vastes ! ) :

http://www.philagora.net/philo-fac/ricoeur.htm

Il faut savoir que lorsque Heidegger aborde la Stimmung il le fait souvent sous cette forme : "... als die von jener Stimme gestimmte Stimmung ..."
C'est fabuleux !

Rhaaaaa, que c'est bon :) ...

zigue
01-04-2003, 22:48
... J'espère ne pas finir par déblatérer seul dans un coin de ce forum ...
Je note ceci qui est extrêment intéressant :

"Finalement, par rapport à ce que dit Wittgenstein: "Ce dont on ne peut parler, il faut le taire" (20), ne peut-on pas soutenir l'inverse par rapport à l'intraduisible: ce qui ne peut se dire il faut essayer sans cesse de le dire?

Oui, vous évoquez la conclusion du Tractacus, c'est-à-dire un type de discours fermé qui dénomme à la fin son propre manque. Mais Wittgenstein explore aussi le langage ordinaire, la mystique, la morale. Il y a d'autres jeux de langage possibles. Dans le Tractacus il n'a joué que d'un seul, celui qui est parfaitement structuré dans le théorétique pur par: "Cela est le cas". La clôture de ce discours se dénomme elle-même à la fin par le silence; mais ce silence peut être brisé par un autre type de discours, par Wittgenstein lui-même, qui n'a cessé en effet de parler... Et le Tractacus devient ainsi une sorte d'îlot fermé dans une mer de discours.

Là, je crois que cette formulation du problème touche à l'essentiel, à ce point que l'on pourrait se taire définitivment, n'adorer que le silence en guise de conclusion ultime ... Ultime en ce sens qu'elle ouvre vers un horizon de questionnement à ce point indéfini que seul un silence apaisé pourrait épuiser la douleur de l'inachèvement ...

J'ignore si certains parmi vous connaissent Wittgenstein, et ce qu'il est convenu d'appeler le "premier" et le "second" Wittgenstein ...
Le premier Wittgenstein, formé au logicisme d'un Betrabd Russell entend, magré lui sûrement, défendre coûte que coûte le dogme du Cercle de Vienne, le principe de vérification des propositions philosophiques qui doivent rigoureusement pouvoir être dites vraies ou fausses ... Le Tractatus s'éffondrent comme le note Ricoeur en ce qu'il s'enferme dans un type de discours, se ferme à tous les autres possibles et aux questions qu'ils génèrent ... Le Tractatus s'effondre dans la révélation même de ces autres discours et ce lors des derniers aphorismes du texte, jusqu'à l'ultime aphorisme, le No 7 ("Ce dont on ne peut parler, il faut le taire") ... Il y a constat d'échec face à l'océan de problématiques que pose le langage au travers de la poésie, de la littérature en général, de la métaphysique (comme éthique) ...
Wittgenstein souffrant, souffrant de tout son être, n'abandonne ... Ce que l'on nomme le seconbd Wittgenstein est la réforme du discours outrancier du Tractatus mais qui n'en oublie pas les intentions : comment parle-t-on, de quel droit parle-t-on sur ceci et ainsi : a quels jeux de discours participent nos interventions et nos assertions les plus qotidiennes ? Wittgenstein dépasse le cadre de la parole pour s'intéresser aussi à nos discours tacites (la confiance au cours d'une partie d'échecs) ... C'est tout un travail sur les fondations de la philosophie moderne, instaurée avec le cogito, qui est à l'oeuvre ...
Mais plus encore, c'est l'humanité de Wittgenstein qui ressort tant du "Tractatus", que des "Investigations philosophiques" ou surtout de son dernier texte "De la certitude" (où planent la fin de l'homme qui se meurt et celle du philosophe dont la pensée agonise et balbutie, texte tragique, très prennant) ...
Lire une biograhie sur Wittgenstein ou "le neveu Witgenstein" de T. Bernhard ...

Mais le fait que Wittgenstein n'ait cessé de parler malgré la certitude du silence comme réponse ultime ... Autant de vagues sur lesquelles se tenir en équilibre ... Périlleux ... Epuisant ... Spectre de Lord Chandos ...

Monwalker
02-04-2003, 03:38
je ne sais pas si tu déblatère tout seul sur le forum, mais ce post est un des plus intéressants qu'il m'ait été donné d'y lire :)
Il se trouve que je ne connaissais pas l'homme dont tu parles, mais je vais me procurer cette biographie et, pourquoi pas, un de ses bouquins ;)

zigue
02-04-2003, 22:50
Si tu veux vraiment en découvrir plus sur l'ami Ludwig, la biographie de Christiane Chauviré est pas mal, assez stimulante ... La référence, dit-on, est celle de Ray Monk (une brique !) ...
Question textes, "De la certitude" me semble provoquer l'envie d'en savoir plus sur la parcours intellectuel de Wittgenstein, de stimuler un retour vers le "Tractatus" (exposé aride s'il en est ) ...

Cela dit, j'introduisais malgré moi un sujet qui me chipote à l'occasion, celui du silence, de la confrontation (sublime) à l'immaîtrisable ... De se retrouver face à ce qui échappe, quelle qu'en soit la raison, la situation ... Ce que j'apellerais le "spectre de Lord Chandos" ...Car entre l'envie et la nécessité de se taire, de faire place au silence originel ("La jeune fille et la mort" de Schubert, interprétée par l' Amadeus Quatuor, le deuxième mouvement, qui débute par une retenue de la respiration, un souffle ou un mouvement, que l'on entend très distinctement, et auquel suit presque immédiatement la musique, le théâtre ... Ce moment coincé entre retenue et silence, déploiement, me tarabuste ...) et le devoir contemporain de s'exprimer, flotte la possibilité de la constitution d'une communauté de vrai dialogue ... J'esaie de tendre une perche Mon' (ou quiconque voudra se pencher un minimum sur les propos de Ricoeur et d'en faire un tremplin) ... Car le sujet de la guerre, et la manière dont il a évolué, me paraît fort proche de tout ceci ... Quelque chose proche de l' "Aufgabe" kantienne : une tâche, un problème insoluble, un "à-penser" qui nous confronte aux limites mêmes du langage, de la communication ou du dialogue (terme préférable à celui de "communication" qu'emploie Ricoeur car différemment chargé de sens) ...
Déblatère ... Envie de silence ... Et parle, parle pourtant ... Crainte de cette irrépressible besoin de dire ...